
Sur le plateau du podcast « The Diary of a CEO », le physicien Hal Puthoff, 89 ans, a relancé la plus explosive des rumeurs de l’ufologie américaine. Il reconnaît pourtant lui-même n’avoir aucun accès direct aux informations qu’il rapporte. Enquête sur une déclaration spectaculaire… et sur ce qu’elle ne prouve pas.
Fin mai 2026, le docteur Harold « Hal » Puthoff est invité sur « The Diary of a CEO », le podcast de l’entrepreneur britannique Steven Bartlett, aux côtés du réalisateur Dan Farah, auteur du documentaire « The Age of Disclosure ». Au fil d’une table ronde consacrée aux phénomènes aérospatiaux non identifiés, le chercheur lâche une phrase qui sera reprise par la presse américaine, britannique et australienne : les personnes impliquées dans des opérations de récupération d’engins lui auraient rapporté l’existence d’« au moins quatre types distincts » d’êtres vivants.
Puthoff précise aussitôt la limite de son propos. Il n’a, dit-il, « pas eu d’accès direct » à ces informations, mais il croit les personnes auxquelles il a parlé. Il ajoute que, selon les chercheurs qu’il a consultés, il existerait de nombreuses variantes de ces quatre formes, et qu’il aurait même entendu parler de créatures de type amphibien.
Qui est Hal Puthoff ?
Le personnage n’est pas un inconnu de la communauté ufologique, ni des services de renseignement américains. Physicien formé à Stanford, Puthoff a dirigé dans les années 1970 et 1980 un programme de recherche sur la « vision à distance » au Stanford Research Institute, financé par la CIA puis par la Defense Intelligence Agency. Ce programme, connu plus tard sous le nom de Stargate, a été clos en 1995 après une évaluation concluant à l’absence d’utilité opérationnelle. Puthoff y avait travaillé avec Russell Targ et testé le célèbre Uri Geller, une collaboration qui a durablement divisé le monde scientifique.
Plus récemment, il a été conseiller de l’AAWSAP, l’Advanced Aerospace Weapon System Applications Program, programme du Pentagone lancé en 2008 sous l’impulsion du sénateur Harry Reid et confié à l’entreprise Bigelow Aerospace. En 2017, il a participé à la création de To The Stars Academy, structure fondée par le musicien Tom DeLonge, qui a contribué à rendre public l’intérêt du Pentagone pour les UAP.
Grays, Nordiques, Reptiliens, Insectoïdes : le bestiaire présumé
Lors de l’émission, Puthoff n’a pas détaillé la nature des quatre espèces. Selon le New York Post, c’est son ancien collègue de l’AAWSAP, le physicien Eric Davis, qui avait précédemment évoqué quatre catégories : les « Grays », les « Nordiques », les « Insectoïdes » et les « Reptiliens ». Les Grays correspondent à l’archétype des petits êtres glabres aux grands yeux noirs. Les Nordiques seraient les plus proches de l’être humain. Les Reptiliens sont décrits comme des créatures à écailles marchant sur deux jambes, et les Insectoïdes évoquent des mantes religieuses.
Ce catalogue n’a rien de neuf : il recoupe presque trait pour trait la typologie qui circule dans la littérature ufologique depuis les années 1950 et 1960. Un point souligné par l’auteur Kent Heckenlively, interrogé par Fox News Digital : les Grays sont les plus fréquemment décrits, tandis que les Insectoïdes seraient plus rarement rapportés.
Le témoignage de Dan Farah : des sources « trop effrayées pour parler »
À ses côtés, Dan Farah affirme que plusieurs hauts responsables du renseignement interrogés pour son film ont déclaré à visage découvert que des dizaines d’engins d’origine non humaine se sont écrasés au fil des décennies. Il explique aussi avoir échangé en privé avec des personnes liées à ces opérations, dont beaucoup redoutent de s’exprimer publiquement. Il raconte qu’une source s’est désistée à la dernière minute, persuadée qu’une interview lui coûterait la vie.
Aucune de ces personnes n’est nommée, et aucun document, échantillon ou image n’a été produit à l’appui de ces récits.
L’ombre de David Grusch et du Congrès
Ces déclarations s’inscrivent dans le sillage du témoignage de David Grusch. Ancien officier du renseignement de l’US Air Force et ex-membre de la task force UAP, il a affirmé sous serment devant une commission de la Chambre des représentants, en juillet 2023, que le gouvernement américain détenait des « biologiques non humains » issus de sites de crash. Comme Puthoff, Grusch disait tenir ses informations de témoins, et non les avoir constatées lui-même. Son audition avait déclenché un débat mondial sur l’existence éventuelle de programmes secrets de récupération et de rétro-ingénierie au sein de l’appareil militaire et du renseignement.
Le contexte politique de 2026 donne une résonance supplémentaire à l’affaire : l’administration Trump promeut une politique de transparence sur les UAP, et le Pentagone a publié, fin mai, un deuxième lot de documents sur le sujet. Puthoff s’est d’ailleurs félicité de cette dynamique, estimant que certaines des divulgations étaient remarquables.
Dossier reconstitué : ce que disent les faits établis
Document de synthèse reconstitué par la rédaction à partir des sources publiques. Il ne contient que des éléments vérifiables.
DOSSIER – RÉCUPÉRATIONS ALLÉGUÉES D’ENGINS NON HUMAINS
1947 : incident de Roswell (Nouveau-Mexique). Un rapport de l’US Air Force de 1994 l’attribue au projet Mogul, un programme de ballons destinés à détecter les essais nucléaires soviétiques. Un second rapport, en 1997, explique les récits de « corps » par des mannequins de test lâchés par parachute.
2008-2012 : programme AAWSAP du Pentagone, financé par des crédits fédéraux et exécuté par Bigelow Aerospace.
Juillet 2023 : audition de David Grusch devant le Congrès ; allégations de « biologiques non humains », sans preuve matérielle rendue publique.
2024 : le Bureau AARO du Pentagone publie le premier volume de son rapport historique et conclut ne disposer d’aucune preuve vérifiée de technologie extraterrestre récupérée.
Mai 2026 : déclarations de Hal Puthoff sur « au moins quatre » types d’êtres, rapportées de seconde main.
Statut des preuves : aucun élément physique n’a été soumis à une expertise indépendante.
L’analyse critique : un témoignage de troisième main
Sur le plan méthodologique, la déclaration de Puthoff est d’un poids probant très faible, et lui-même ne prétend pas le contraire. Elle repose sur une chaîne de transmission : des personnes inconnues auraient participé à des récupérations, elles en auraient parlé à des chercheurs, qui en auraient parlé à Puthoff, qui en parle à un micro. Chaque maillon ajoute de l’incertitude, et aucun n’est vérifiable.
Le Pentagone, de son côté, a pris le contre-pied de ces récits. En 2024, le bureau AARO a passé en revue des décennies de dossiers et d’entretiens, sans trouver de preuve vérifiée de technologie extraterrestre récupérée. Son premier directeur, Sean Kirkpatrick, a défendu cette position, et des analystes indépendants comme Mick West soulignent que bon nombre de rumeurs de crashs reposent sur des confusions de mémoire, des transmissions de récits et des erreurs d’identification.
Il faut aussi relever la ressemblance troublante entre le « bestiaire » évoqué et la culture populaire : les Grays, popularisés notamment après l’affaire Betty et Barney Hill en 1961, se sont imposés dans le cinéma et la télévision, ce qui interroge sur l’éventuelle contamination des récits par l’imaginaire collectif. Les sceptiques rappellent enfin que la communauté de la « divulgation » entretient de longue date des liens étroits entre responsables, producteurs et acteurs de médias, ce qui favorise la circulation de récits sans contrôle indépendant.
La NASA le rappelle de façon sobre : l’agence n’a pas découvert de vie sur une autre planète et ne dispose d’aucune preuve scientifique de vie extraterrestre, mais ne peut pas, à ce stade, affirmer que les extraterrestres n’existent pas. Elle poursuit sa recherche, notamment de formes microbiennes.
Pourquoi ces récits fascinent
Au-delà de la question des preuves, l’affaire révèle un phénomène social. Avec un chercheur respecté d’un côté, un documentaire à succès de l’autre, une tribune de plusieurs millions d’auditeurs et un climat politique favorable, l’hypothèse des « crash retrievals » est devenue un récit central de la culture américaine contemporaine. Un récit où se mêlent faits documentés (l’existence d’AAWSAP, les auditions au Congrès, les vidéos de la Navy) et assertions invérifiables, au risque de brouiller la frontière entre les deux.
« Je n’ai pas eu d’accès direct à cela, mais je crois les personnes à qui j’ai parlé. »
— Hal Puthoff, au sujet des quatre types d’êtres prétendument récupérés
Cette phrase résume à elle seule la situation : une conviction sincère, probablement, mais qui ne constitue pas une preuve. Tant qu’un échantillon, un document authentifié ou un témoin direct ne sera pas soumis à un examen indépendant, l’histoire des quatre espèces restera ce qu’elle est aujourd’hui : une affirmation de seconde main, spectaculaire et non étayée.
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